COVID – Données : quand l’épidémie révèle la difficulté européenne à innover et protéger

COVID – Données : quand l’épidémie révèle la difficulté européenne à innover et protéger


Antoine PETEL
Juriste chez Alphalex-Consult

Doctorant à l’Université Jean Moulin Lyon 3 – Junior Fellow de l’Institut Open Diplomacy

Courtesy Open Diplomacy

http://www.open-diplomacy.eu/blog/intelligence-artificielle-union-europeenne-bruxelles

La pandémie du coronavirus souligne un ensemble de dysfonctionnements internationaux… mais elle favorise, localement, de nombreuses innovations pour s’adapter : en particulier, les solutions digitales sont plébiscitées pour leur efficacité. Mais elles nous invitent à nous interroger sur la place que nous donnons au numérique dans nos sociétés, tout comme l’importance du facteur numérique pour notre place dans l’ordre international.

Protection de nos données : l’Europe en quête d’influence

Le COVID-19 démontre à quel point l’Union européenne (UE) est singulière, à l’échelle mondiale, dans la protection des libertés fondamentales à l’heure du numérique. Ce qui l’oblige à renforcer sa diplomatie digitale.

Prenons un exemple. Le 20 mars 2020, la Commission européenne a demandé à huit grands opérateurs téléphoniques européens de lui communiquer leurs données mobiles, anonymisées et agrégées, du positionnement géographique de leurs clients. Cette démarche a pour but de modéliser la propagation de l’épidémie afin de dimensionner correctement l’offre de soins et les consignes de confinement.

Préalablement saisi, le Contrôleur Européen de la Protection des Données, avait mis en exergue trois enjeux :

  1. Que l’exploitation de données anonymisées permet de se soustraire à aux normes sur les données à caractère personnel ;
  2. Que le traitement des données prévoyait à l’heure actuelle des mesures de sécurité et d’accès aux données suffisantes ; et
  3. Que par leur caractère temporaire et exceptionnel, ces mesures étaient pour l’instant conformes à la législation de l’UE.

Ces recommandations, prudentes et précautionneuses des libertés fondamentales, contrastent avec la jungle juridique dans lequel le reste de la planète évolue. Le défi de l’UE, c’est de se donner les moyens de peser. Pour faire valoir ses valeurs dans la définition des prochains « standards numériques » mondiaux.

Cela nécessite de renforcer la coordination entre États-membres et d’aller au-delà de la reconnaissance offerte à des États tiers qui offriraient un niveau de protection comparable à l’UE.

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