Intelligence artificielle : qu’en disent les cerveaux européens ?

Intelligence artificielle : qu’en disent les cerveaux européens ?


Antoine PETEL
Juriste chez Alphalex-Consult

Doctorant à l’Université Jean Moulin Lyon 3 – Junior Fellow de l’Institut Open Diplomacy

Courtesy Open Diplomacy

http://www.open-diplomacy.eu/blog/intelligence-artificielle-union-europeenne-bruxelles

 

Le 3 janvier 2020, l’administration américaine imposait une mesure de restriction sur les exportations de logiciels d’intelligence artificielle (IA) pour rendre plus difficile leur accès à des puissances internationales rivales.

Cette décision illustre la place aujourd’hui occupée par l’IA dans les relations internationales. En raison de l’ensemble des opportunités qu’elle offre et promet, elle est aujourd’hui considérée comme une des technologies stratégiques du 21e siècle. Elle est en outre perçue, en tant que tel, comme un outil de puissance. La maîtrise de l’IA est donc désormais un enjeu de souveraineté au devant duquel tous les Etats vont.

Prenant conscience de ces enjeux et de son retard technologique, l’Union européenne (UE) a publié en 2018 une stratégie sur l’IA. Elle repose sur la recherche d’un modèle européen qui articule reconquête de souveraineté et recherche de puissance avec respect de la personne humaine. Cette stratégie – tardive – confirme les lacunes européennes dans sa recherche d’une autonomie stratégique, et la place croissante du numérique dans celle-ci.

Donner un cadre éthique et juridique à l’IA

L’UE part du principe que le développement de l’IA est conditionné à la confiance que lui accorde le consommateur. Le cas du véhicule autonome, avec les différents accidents intervenus, illustre très bien cet enjeu. Bien que les industriels possèdent une technologie suffisamment avancée pour son déploiement à grande échelle, cette capacité est fortement restreinte par la confiance insuffisante du consommateur pour en user. L’Europe s’est donc fixée pour premier objectif d’élaborer un cadre éthique et juridique sur l’IA.

Désigné en juin 2018, un comité d’experts européen a donc élaboré un premier projet de lignes directrices sur l’éthique de l’IA. En ressortent 7 principes pour garantir une responsabilité à l’égard des systèmes d’IA et de leurs résultats. La nécessité de sauvegarder l’autonomie humaine, l’exigence de respecter la vie privée et les données à caractère personnel, la nécessaire transparence des algorithmes sont au premier plan de ce projet.

À terme, l’objectif de l’UE est de porter cette approche sur la scène internationale. Elle veut favoriser les coopérations avec des partenaires proches de ses positions (le Japon, le Canada ou Singapour) et pousser son initiative dans les négociations en cours pour déterminer les standards internationaux de l’IA, espérant imprimer une vision de l’IA centrée sur l’humain.

Au-delà des seuls aspects éthiques, l’adaptation du cadre juridique de l’IA est une autre priorité pour l’UE. Ursula von der Leyen, nouvelle présidente de la Commission, s’est engagée à présenter un projet législatif sur l’IA dans les 100 premiers jours de sa mandature. Mais compte tenu de la complexité du sujet et des délais restreints, ce projet a pris la forme d’un livre blanc présentant les différentes options à disposition (publié le 19 février). Il est à noter que cette volonté régulatrice européenne diverge des Etats-Unis qui plaident pour une action publique très mesurée sur l’IA afin de ne pas entraver son développement par le secteur privé.

L’action de la Commission européenne rejoint celle récente du Conseil de l’Europe qui a établi en septembre 2019 un comité ad hoc chargé de consulter et étudier les possibilités d’établir un cadre juridique pour le développement, la conception et l’application de l’IA fondé sur les normes de droits de l’homme, de démocratie et d’État de droit.

La démarche de l’UE porte donc avant tout sur le souci de protéger son marché intérieur et ses consommateurs face aux évolutions et impacts engendrés par l’IA. Cette dynamique européenne est cohérente avec ses valeurs historiques de protection des droits individuels et représente une voix essentielle dans l’ordre international pour imposer le respect des droits fondamentaux dans le développement de l’IA.

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